Je n’étais pas des leurs.

Amertume, sentiments de solitude.

 Regrets ?

Non ;

De toute façon, j’avais dit que je n’y serais pas allée.

Je n’ai jamais osé aller jouer dans la cour des grands, et quelques uns de ceux là sont pour moi, des très grands.

Aurai-je éprouvé le bonheur, la chaleur, que tous ont semblé ressentir ?

N’aurais-je pas, encore une fois, eu cette impression tenace de n’être pas à « ma » place, dans l’incapacité de prendre la parole.

Mais où est ma place ?

 

Près de mon père comme hier ?

 Je l’ai sorti de sa maison de retraite pour passer l’après midi dans mon jardin.

 Je ne peux pas le laisser tomber, me sens l’obligation morale de continuer à l’accompagner sur le chemin qui lui reste.

 Et pourtant, je lui en ai tellement voulu les jours qui ont précédés la mort de maman.

 

Sur mon lieu de travail ?

Là aussi j’ai trop souvent l’impression d’usurper une place, comme si il y avait eu erreur lors de l’obtention de mon diplôme, ou de mon embauche.

 

« On termine sa vie comme on l’a vécue » dit Marie DE HENNEZEL.

Ma mère est partie par surprise après avoir parsemé notre vie de bonnes et de très mauvaises surprises.

Près d’elle, dans la chambre mortuaire, j’ai pensé que finalement « c’est tout simple » la mort.

C’est donc ça. L'achèvement mystérieux d'un chemin de vie.

  Nous n’éprouvons pas notre propre mort, nous éprouvons ce qui nous en sépare. Ce sont les autres qui pleurent et s’agitent autour ;

 

J’ai bien du mal aujourd’hui à percevoir le sens de ma propre existence.