Ma chère petite mère,

 

Je suis allée fouiller dans tes armoires.

Je n’ai rien dérangé, ai tout remis en place.

Tu te rappelles, j’étais imbattable pour retrouver l’objet égaré, celui que tu avais mis précieusement de coté, auquel tu tenais, dont tu étais persuadée qu’il t’avait été volé, « je sais bien ce que je fais quant même, il n’est certainement pas là ».

Je glissais mes doigts sous la pile de linge, tout au fond de l’armoire, déplaçait un objet ou deux et trouvait rapidement ton porte monnaie, ton lecteur de cassettes, le livre de photos …

J’ai répété le même geste aujourd’hui sans savoir ce que je cherchais.

J’ai ramené  des sacs plastiques solidement clos. J’y ai trouvé des  prospectus,des pages de journaux, des  images pieuses, des listes de courses ou choses à faire, des petits mots : « Mon grand Alain , papa et moi sommes partis faire des courses, il y a de quoi manger dans le frigo… », des photos plus ou moins récentes, des numéros de téléphone de personnes oubliées, des jouets pour très jeunes enfants.

Rien de précieux à mes yeux et pourtant tu avais mis tout ça à l’abri des regards, sans que j’en comprenne la raison.

Je suis restée les mains vides, les mains tristes de n’avoir rien trouvé de signifiant,  rien qui puisse faire lien, combler un peu le vide de ton absence.

Tu n’as pas d’objets précieux à nous léguer en héritage, pas de testament, pas de réelles traces de tes dernières volontés, seulement des mots retenus dans nos mémoires. Tes armoires débordent de tes vêtements qui ne vont à aucune d’entre nous, de linges plus ou moins usés, tachés ou seulement froissés d’avoir été portés.

Chaque robe vient rappeler un évènement, une communion, un baptême, un mariage.

Tu aimais les robes petite mère, tu aimais être belle, élégante, aimait en changer. Tu  posais délicatement un peu de rouge sur tes lèvres, les pinçais l’une contre l’autre avant de nous sourire d’un air malicieux ou esquisser un pas de danse.

Ton mari dansait avec une autre hier.

Dernièrement tu affirmais : « cet homme là est à moi ».

 Je veux croire qu’il aimait danser avec toi, était fier d’avoir une belle femme dans ses bras.

 

J’ai finalement trouvé  un très vieux porte feuilles : deux lettres de toi écrites au crayon à papier.

 Elles datent de 1944, tu étais enceinte de mon frère aîné.

Tu ne savais pas encore que cette naissance allait te rendre folle.