Je suis une fille ingrate et sans cœur.

Mon père pleurait devant moi, en cette fin d’après midi et je suis restée de marbre, sans émotion aucune, si ce n’est la colère Je n’ai vu dans ces larmes qu’une manipulation. Je venais de remettre en cause les stratagèmes de mon frère aîné qui lui a fait signer un courrier accusant sa banque de ne pas lui expédier ses relevés de compte depuis plus de six mois.

 Nous soupçonnons tous, ce même frère d’être lui-même l’auteur de cette substitution de courrier, pour une raison qui reste obscure, et mon père refuse de l’admettre.

Il vit persécutivement les soupçons dont son fils préféré est l’objet. Confondu avec lui, se sent lui aussi agressé.

Mon frère espérait fortement pouvoir vivre dans la maison de mes parents et a affirmé à la société locatrice, qu’il vivait chez eux et les avait pris en charge depuis de nombreuses années, alors qu’il ne faisait qu’y passer.

Cette entourloupe avait l’aval de mon père, très heureux que mon frère puisse s’y installer, « qu’on ait la joie de pouvoir retourner dans cette maison » alors que des souvenirs essentiellement sombres y sont attachés.

Finalement, la société de location n’accède pas à la demande de mon frère ;

En recherchant le bail initial qui date de plus de quarante ans, nous avons vu les refus successifs de mon père de faire des travaux de réhabilitation dans cette maison, malgré le souhait de ma mère. Au fil des ans, cette maison est devenue de plus en plus sordide et insalubre. Il ne voulait surtout pas payer plus cher de loyer.

Nous lui avons proposé de trier lui-même des lettres conservées dans des boites en fer blanc. Il a refusé. : «  Je ne veux rien de la maison ».

 Il s’est mis à pleurer et en a appelé au souvenir de ma mère : «  je ferai mieux de la rejoindre… »

Au lieu de m’émouvoir, ces larmes ont soulevé une sourde colère : Si il y tient vraiment, il peut y vivre avec mon frère, et quitter sa résidence  "princière ».