Finalement je me sens mieux que l’année dernière à la même époque.

En me penchant sur ce ressenti autre, je réalise que l’absence de ma mère change tout.

Tous les ans, malgré « lui », elle nous réunissait autour d’elle pour noël.

J’éprouvais une appréhension sourde à aller les visiter, elle et mon père,

Ne savait jamais dans quel état physique,

Dans quelle disposition psychique j’allais les retrouver.

Ca changeait si rapidement.

J’étais pressée d’y aller, mais ralentissais immanquablement en approchant de la maison.

Je n’ai jamais aimé les grandes réunions de famille, trop de mauvais souvenirs y étaient rattachés : conversations qui dérapent, énervement, crises aigues débouchant sur une fugue de ma mère.

L’angoisse tapie au creux du ventre avait pourtant une autre source.

Elle montait inéluctablement à l’approche des fêtes, fromentée par mon père qui dès novembre, contre le désir de ma mère, déclarait haut et fort, qu’il ne voulait pas dépenser un sou, ne ferait de cadeau à personne, ne voulait pas qu’on se réunisse chez lui.

Ma mère s’assombrissait, insistait pour faire valoir son désir de voir et de gâter un peu ceux qu’elle aimait.

« Il ne veut rien faire cette année » disait tristement ma mère.

Dans le passé, à quelques jours des fêtes, les tentatives de suicide n’étaient pas rares.

Les dernières années, elle n’avait plus l’énergie pour faire des coups d’éclats, mais somatisait son malheur.

En dépit des injonctions de mon père nous lui assurions notre présence.

Pour éviter la dépense que refusait mon père, chacun d’entre nous apportait ce qu’il fallait pour un apéritif dînatoire : les bouteilles, les canapés, les pains garnis,

Sans oublier le saumon et les huîtres qu’ils dégustaient en notre présence.

Comme on aimerait offrir à un enfant une fête lumineuse, magique,

J’aurais aimé voir ma mère heureuse, émerveillée, comblée.

Heureuse d’offrir aux autres,

Comblée de cadeaux qu’elle n’espérait pas.

En définitive, notre présence, enfants, petits enfants, arrières petits enfants

Etait sans doute ce qui lui produisait le plus de joie.

Mais quelle culpabilité de la laisser, alors qu’elle essayait de nous retenir.

« Vous partez déjà »

Avec son départ, la culpabilité s’est effacée.

J’ai envie de profiter pleinement, légèrement, de la présence de mes propres enfants.

 

 

 

(J’écris vraiment beaucoup sur elle. Y a pas, il n’y a pas que mes sœurs qui ont un problème de séparation…)