J’éprouve bien des difficultés à ma remettre devant ce clavier.

J’ai la tête chargée de notes à écrire et suis incapable de m’astreindre à l’effort nécessaire à la mise en mots. Les mots flottent dans ma tête dans un grand désordre ; il faudrait faire le tri.

 J’ai la tête et le corps aussi « en compote », encombrés du virus bronchiteux grippal donné en cadeau par « Mademoiselle ma fille » avant qu’elle ne reparte sur Lyon. Il faut dire que je ne m’étais pas privée de l’étreindre de toute mon affection.

 Elle est arrivée le jour où j’assistais aux obsèques d’une jeune voisine de mes parents, défenestrée semble t-il volontairement à 25 ans.

Je ne pense pas que je serai en capacité psychique de survivre au suicide d’un de mes enfants ; Ca vient dire une telle souffrance ; signer un échec tellement radical, de la vie transmise, du désir vital.

J’ai croisé la mère de la jeune fille par hasard quelques jours après, dans un grand magasin.

Je me suis d’abord dit en la regardant: « ça a l’air d’aller »

Puis j’ai croisé son regard, chaviré, égaré.

 Elle voulait justifier sa présence dans ce magasin, comme si sortir de chez elle lui était désormais interdit. Elle s’excusait aussi de ses larmes qu’elle ne pouvait retenir ; me remerciait, alors que je ne faisais rien d’autre que l’écouter en cheminant à son coté.

S’il me restait un peu de foi, j’aurai su avoir des mots de réconfort. Je n’ai rien dit, me suis contenter d’acquiescer à ce qu’elle disait.

Il y a quelques jours, j’écoutais une jeune collègue me dire avec ferveur, et conviction, avoir eu une révélation au Tibet où elle se faisait enseigner le bouddhisme. Non seulement elle est convertie, mais pense avoir vécue une autre vie, avoir des dons de magnétisme, avoir pu communiquer avec son père décédé et un jeune frère avorté. L’idée de communiquer avec ma mère m’a un moment traversé, et j’ai envié sa certitude.

Puis l’incrédule en moi, a surtout eu peur de l’aveuglement dans lequel il m’a semblé voir cette jeune collègue.

La nuit je rêve de mon fils qui « joue » sa vie en silence, sans savoir peut être, combien ce silence m’agresse, m’inquiète, m’accuse, attendu que « tout est toujours de la faute des mères qui sont …font …trop ceci… pas assez ça… »

Je m’interroge sur la mère que j’ai été, sur ce que j’ai transmis malgré moi, sur ce que lui a transmis son père. De mon coté l’héritage était lourd. L’ai-je suffisamment allégé comme je me suis efforcée de le faire ?