01 mars 2006
Carnet

Il y a beaucoup de morts dans le journal d'hier
Et beaucoup de misère mais partout
Beaucoup de gens qui restent indifférents
Le lendemain tout semble déjà moins grave
Je ne voudrais pas que tu vieillisses trop vite
Avant que nous ayons eu le temps de nous arrêter
Et de nous dire : nous sommes heureux
Que nous nous regardions encore une fois
Dans le miroir amoureux des sourires
Que je te trouve belle encore une fois
Je veux encore du temps pour offrir
Ton corps aux regards de passage
Gens de passage prenez cette femme
Possédez-la un jour elle ne sera plus rien
Montre-toi nue danse pour eux
Possédez-la qu'elle demeure
Et demeure l'empreinte de ses doigts dans le sol
Je sens maintenant que tout va un peu plus vite
Pourtant nous avons juste trente ans
Je m'arrête et je te regarde
Ai-je assez profité de toi ?
J'arrête le monde et je regarde
Car il est plus que temps aujourd'hui de vivre
Je cherche à écrire de plus en plus simplement
Je me préoccupe moins des rimes et des rythmes
Car il est plus que temps aujourd'hui de vivre
De repousser la porte que quelqu'un ferme sur nous inéluctablement
Dans le journal d'hier beaucoup de morts
Et puis partout beaucoup de gens indifférents
Nous sommes peu nombreux à veiller
Nous tenons la lampe allumée
Nous repoussons de toutes nos forces le sommeil
Et la lampe nous fait les yeux brillants
Nous tenons la lampe allumée
Nous ne vieillissons pas.
Jacques Bertin
Pour mon plaisir cette chanson/poème de J Bertin que j'ai beaucoup aimé et que j'aime encore beaucoup par la force de son évocation, qui me touche aujourd'hui comme elle me touchait hier.
02 mars 2006
LE ZIZI DE ZAZA

R Doisneau
LE ZIZI PERPETUEL
Mon petit frère a un zizi
Mais moi, Zaza,
Je n’en n’ai pas.
Mon petit frère a un zizi
Toujours placé au bon endroit
Mais moi, Zaza, je n’en n’ai pas.
Pourquoi ?
Il me le montre sans répit
Pour me donner du dépit
Pour se donner un air gaulois
Pour m’enfoncer dans l’désarroi !
Il m’le sort en catimini
En tapis rouge en tapinois
Et me le fait toucher du doigt :
C’est assez doux
Comme caoutchouc
Mais y’a pas de quoi
Perdre la foi.
Et moi, et moi je me dis
Pourquoi mon frère a un zizi
Dans quel tiroir sont fait les lois ?
Le jour et la nuit
Son zizi le suit
Toujours placé au bon endroit.
Et moi, Zaza, dans mes draps blancs
J’ai beau m’tâter
M’tâter souvent
A la place où ç’aurait dû été
Que du vent ! Que du vent !
« Tu verras Zaza
Avec mon zizi
Un jour je serai le roi »
Qu’il dit
Tout en lui collant tout autour du sparadrap.
A la fin c’est énervant
De manquer obstinément
De cette sorte d’émolument.
Si j’ai le regard zoulou
Si j’ai ne nombril sournois
Si j’fais des coups en d’ssous
Si j’pousse pas de guingois
Si je ne fais pas mon poids
Faut pas demander pourquoi !
Mais pourquoi ?
Pourquoi ?
Poème de René de Obaldia : "Innocentine"
Un poème, que je prenais un immense plaisir à déclamer quand j'avais 20 ans. Il m'a longtemps valu le surnom de Zaza !
Une pensée affectueuse pour ma Jumelle de sang et une autre pour ma jumelle de coeur mon amie"pas si Loin".
03 mars 2006
visite
Une amie est venue nous rendre visite dimanche. Nous avons pris un café installés au coin de la cheminée. Elle était comme à son habitude, pleine de fougue, d'énergie, d'enthousiasme : terriblement vivante. Elle parlait. je l'écoutais. Elle me parlait de ses projets d'exposition, de ses travaux, de ses voyages, de ses amis avec qui elle partage ses projets. Elle a mon age et une telle vivacité que j'avais l'impression d'avoir 10 ans de plus qu'elle.
04 mars 2006
ecrire ?
A lire les mots des autres, des mots alignés avec autant d’élégance, de justesse ou de sensibilité, je me demande pourquoi je me risque à tenter d’écrire sur la toile comme tant d’autres alors que je n’ai aucun talent pour « l’écrire » ni pour « le dire ».
Je sais bien qu’écrire (ou dire sur un divan par ex) est une tentative de guérison dérisoire et pathétique;
S’il est une chose décidemment impossible c’est bien de vouloir se guérir de soi-même ou de guérir un proche.
06 mars 2006
Chagrin
Ma fille est venue à la maison cette fin de semaine. Elle est arrivée alors que nous ne l'attendions pas, l'oeil mouillé, le menton tremblant , surprise de nous voir encore éveillés, surprise d'être surprise en état de souffrance, . Depuis la reprise des cours elle semblait aller mieux ... A son age, je ne peux plus comme dans le passé , effacer sa souffrance dans un souffle leger ou un baiser . je l'ai prise dans mes bras en lui murmurant mes mots de mère : "Ma chérie...Ma toute belle"... Mes questions sont restées silencieuses. Je ne suis plus autorisée à les poser. Le lendemain, elle a essayé de donner le change , s'est efforcée de sourire, de parler de ses travaux. L'ombre restait présente dans ses yeux. En fin de journée, je l'ai entendue rire au téléphonne.Peu après, elle a crié qu'elle avait faim et avec une légèreté retrouvée nous a annoncé qu'elle sortait. Ce n'était qu'une petite peine de coeur ?
07 mars 2006
infante
L’enfant ne disait rien
Elle ne pleurait pas,
Elle avait ce regard vide
Qu’on voit chez l’animal
Avant d’être abattu.
Les larmes s’étaient taries
Et ne pouvaient soulager
Ce drôle de creux au ventre.
L’homme avançait vers elle
Elle le connaissait bien
Elle l’aimait …Oui, elle l’aimait !
La femme était partie
Elle ne reviendrait pas avant l’aube
En silence, elle l’appelait, elle criait,
Son cri silencieux ne franchissait pas ses lèvres.
L’homme souriait,
Une petite lueur s’était allumée dans ses yeux,
Un signal qu’elle connaissait
Il parlait d’une voix douce, très suave
L’homme disait : « je t’aime,
Tu es ma chérie, ma petite femme »
Elle voulait lui dire : NON !
Qu’il se trompait !
Qu’elle était une enfant, son enfant ?
Elle reculait, l’homme avançait,
Tranquillement,
Il la poussait contre le lit,
Il souriait et elle sentait
Son souffle chaud qui s’accélérait.
Son corps refusait, se crispait, disait :
« Ne me fait pas mal »
Comme s’il l’avait entendue
Il murmurait : « N’aie pas peur,
Je ne vais pas te faire mal
Je sais que tu aimes ça »
Une caresse,
Puis une autre
Comme des milliers de piqûres sur son corps
Il soulève sa jupe,
Sa respiration est de plus en plus rapide
Elle ne veut plus le voir,
Elle veut s’absenter
Elle ferme les yeux.
La partie morte en elle, vient à son secours
Elle n’existe plus
Elle ne sent rien, ne ressent plus rien.
Plus tard,
Elle me dira :
« Tu sais le loup,
Il existe pour de vrai
La nuit il vient me dévorer »
09 mars 2006
Téléphone
09/03/2006
Mon mari est arrivé hier soir alors que je téléphonnais à ma soeur jumelle.
il a pris un air autoritaire et désapprobateur en me disant entre ses dents qu'il avait besoin du téléphone.
J'ai compris qu'il devait téléphonner à ses parents pour s'organiser avec eux au sujet de l' enterrement de son oncle.
Il est bien connu : les femmes papotent et perdent leur temps au téléphone.
Et qu'en bien même !
Je l'ai détesté à cet instant !
C'était la journée de la femme ?
la mort
"C’est sûrement ça la mort, ça ressemble à l’indifférence, ça ressemble au renoncement, désaffection du sang qui désinvestit la place du fervent, mes dix antennes s‘éteignent au glacé du papier. Je ne mettrai plus de gants, jamais, et la mort je la vois face à moi en corps sans désir, en l’absence de jouir, l’éjaculation donne le ton aux membres qui se vident indéfiniment de ce rien qui les caractérise. L’éjaculation précoce du vite fait bien fait où la satisfaction se mesure en substance blanche, l’éjaculation tardive qui se meurt transparente au plaisir et se fait en silence comme un soulagement."
http://narcisse.hautetfort.com/
10 mars 2006
compter
Une grande cour d’école recouverte de petits gravillons gris.
Quand on court, il faut faire attention car il n’y a rien de plus traître que ces petits cailloux qui déchirent les genoux et entrent dans les plaies.
J’ai six ou sept ans.
Je rentre dans la cour d'école chargée de mon cartable.
Aujourd’hui elle me parait plus grise, le ciel bien sombre... Peut être qu'il pleut ...
Je n’ai pas envie de courir, ni de jouer à la corde ou à la marelle.
Ce matin avant que je parte à l’école, Maman a encore fait une « crise ».
La même scène se reproduit désormais à l’identique chaque fin de semaine, dès que Papa revient ;
En arrivant, il a les yeux un peu brillants, comme s’ il avait bu avant de revenir.
Avant même de dire bonjour, il demande à voir les comptes et le fameux petit carnet sur lequel l'épicier marque les courses achetées et non payées
Quelque- fois, c’est maman qui le devance en lui disant qu’elle n’a plus d’argent et qu’elle ne peut pas vivre sans le moindre sou.
Très vite le ton monte. Papa crie, vitupère, déplace les chaises et les replace bruyamment. Il hurle :
« Tu vas nous mettre sur la paille » !
Maman s’énerve à son tour, change de visage ; son regard devient fixe, sa bouche se crispe, ses yeux lancent des éclairs.
Elle prend ce qu’elle a sous la main et cherche à se faire mal.
« Les grands » essaient de l’en empêcher mais elle se débat avant de partir en courant tout en hurlant :
« Je sais ce qu’il me reste à faire »
Je cours après elle pour essayer de la retenir. Je lui dis que je l’aime, que j’ai besoin d’elle !!
Maman n’entend pas.
Puis brutalement d’un air las, elle me dit : « laisse moi ma Zaza, tu es assez grande maintenant pour de débrouiller sans moi »
Parfois je réussissais à la retenir en m’accrochant de toutes mes forces à sa jupe.
Ce matin j’ai lâchée prise.
Elle était trop déterminée.
Ma grande soeur a-t-elle réussi à la rattraper ?
Sur la route qui mène à l’école, j'essaie de repousser les questions qui fondent sur moi
Qu’est-ce qu’elle va faire ?
J’entrevois le pire : Et si elle ne revenait plus jamais. Si elle était morte ….
La cloche sonne. Je rentre dans la classe.
La maîtresse explique comment faire des additions. Sur le tableau des bouchons de bouteilles disposés comme des points sur des dominos permettent de visualiser mentalement les nombres.
J’aime bien compter. Je fais mes additions avec application chassantde mon esprit la scène de ce matin.
Vient l’heure de la récréation.
Deux filles s’approchent de moi avec l' air de celles qui savent :
«Eh ! Ta mère s’est jetée sous un camion ! On a vu les pompiers qui l’emportaient »
J’affirme avec ce qui me reste de fierté;
« C'est n'importe quoi ! . Ma mère ne ferait jamais ça »
Desir déjà present de me mettre sous terre !
Ne pas pleurer ! Relever la tête et garder les yeux secs.
12 mars 2006
la memoire
On n’en finira jamais de critiquer ceux qui déforment le passé, le réécrivent, le falsifient, qui amplifient l’importance d’un événement, en taisent un autre ; ces critiques sont justes (elles ne peuvent pas ne pas l’être) mais elles n’ont pas grande importance si une critique plus élémentaire ne les précède : la critique de la mémoire humaine en tant que telle. Car que peut-elle vraiment, la pauvre ? Elle n’est capable de retenir du passé qu’une misérable petite parcellette sans que personne ne sache pourquoi justement celle-ci et non pas une autre, ce choix, chez chacun de nous, se faisant mystérieusement, hors de notre volonté et de nos intérêts. On ne comprendra rien à la vie humaine si on persiste à escamoter la première de toutes les évidences : une réalité telle qu’elle était quand elle était n’est plus ; sa restitution est impossible.
Milan Kundera










