discretement

20 janvier 2006

La discrète

Un surnom, autre fois, donné : La discrète. Effacer, s'effacer, laisser l'autre prendre le devant de la scène, ne pas faire de vagues quand autour la tempête gronde suffisamment fort. Faire semblant de lire, d’être occupée, ne rien entendre des éclats et attendre…

Continuer de vivre ...si je prenais une autre route, il est probable que je me tromperais encore une fois…

Cette route ressemble désormais à un long désert bien fade et tiède. Elle semble me conduire tout droit à cette zone d’ombre grise et plate, antichambre de la fin. 

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23 janvier 2006

Mémoire

"Le mémorialiste croit qu'il se perpétuera par l'écrit, mais en réalité il décrit une existence bien plus qu'il ne la vit, abandonnant le viscéral pour le verbal. Il rend en quelque sorte les armes. "

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Visite

Je suis allée rendre visite à ma mère à l'hôpital.

Je l'ai trouvée assise sur un mautoban,attachée par une large ceinture, la chemise de l'hôpital ouverte sur ses fesses.

Dans son regard il y avait cette tristesse  et un air de reproche.

-" Ils mettent du temps à venir quand on les appelle"

Elle avait une télécommande dans la main, mais manifestement, ne savait pas sur quel bouton appuyer pour appeler.

J'ai appelé pour elle . Une aide soignante est arrivée rapidemment et m'a demandé de sortir.

J'avais peu de temps, et protestait intérieurement d'être arrivée au mauvais moment .

J'entendais l'aide soignante qui tentait d'essuyer ma mère, vidait son seau...

Quand je suis revenue, elle était étonnée de me voir, avait oublié que j'attendais dans le couloir.

OUI elle oublie tout : une sale amnésie est passé par là ( alzeimer dit-on ) elle s'est installée insidieusement, elle lui prend tout : sa mémoire , sa vivacité, sa spontanéité, ses émotions, ses souvenirs récents !!!!

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24 janvier 2006

Alzheimer

"Miss Alzheimer mange de la cervelle

des idées s'envolent de l'assiette

tout ça c'est très joli mais

y'a aussi son mari

qui court après les pédales

c'est pas de tout repos"

"Les Elles "

Vite !

Maman n'a pas encore tout oublié et elle nous a raconté beaucoup !

doit on fixer sur la toile ces souvenirs qui s' envolent ?

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24 février 2006

l'amère

Ma fille est malade je vous dis !
Elle a
quelque chose au cerveau, c'est sûr !
Déjà à cinq mois, elle montrait son caractère.
A sept mois, elle poussait des cris
Elle me mordait, se débattait !

Le médecin m’a dit « Ne vous inquiétez pas
Elle est nerveuse comme sa mère »
La nourrice a rompu le contrat
Elle la trouvait trop difficile
Elle est allée en crèche collective
J’ai été convoquée en urgence
Ma fille avait mordu un autre enfant à l’oreille
Il a du aller à l’hôpital.

La crèche après, elle ne voulait plus d’elle.
L’école non plus, elle agresse les autres enfants.
Elle est allée en famille d’accueil
Fallait bien, je travaille moi.
La nourrice l’a battue !
Cette connasse de nourrice a dit que c’était moi !
J’ai porté plainte contre elle.

On me prend pour une folle
Mais j’ai tout fait pour ma fille
C’est ma seule raison de vivre

On est convoqué à la brigade des mineurs !
Je ne sais pas pourquoi !
J’avais dit des choses sur son père
Mais ce n’ai pas vrai !
Il ne lui a rien fait je vous dis
Je sais bien, il ne l’a pas touchée.
D’ailleurs ma fille, elle ne peut rien dire
Elle ne sait pas parler

Ma fille elle est malade
Elle a quelque chose
Il faut recommencer les examens médicaux
Elle fait des crises ! Elle hurle !
Elle tape tout le monde, griffe, tire les cheuveux,
Casse ses jouets, jette tout…Même son doudou…
Et elle veut que je le ramasse !
L’isolement... y a que l’isolement qui la calme
D’ailleurs, j’ai prévenu les voisins
J’ai collé une affiche dans le hall de l’immeuble
« Vous entendez ma fille crier
Son problème dépend du psychiatre »

Ma fille c’est tout pour moi
Elle est arrivée par accident
Je n’avais pas d’ovulation
Je n’aurai pas du tomber enceinte
J’ai été angoissée durant toute ma grossesse
J’avais peur de mettre au monde une enfant anormale ;
J'ai toujours tout raté !
Finalement,j'avais raison d’avoir peur.

Y a que moi qui compte pour elle
Et pourtant...
j’ai l’impression qu’elle m’en veut
On dirait qu’elle me rejette,
Qu’elle ne m’aime pas.
.
D’ailleurs personne ne m’a jamais aimée
Je me suis fait rejeter par tout le monde
J’ai toujours été battue
Et maintenant c’est ma fille qui me bat.
C’est un « amour enragé » ma fille.

Quand j’étais petite ?
Je piquais des crises : je griffais,
Je mordais, j’envoyais tout balader.
J’ai fait des tentatives de suicide
Je grimpais sur le rebord de la fenêtre…

Les hommes ils ont toujours été violents avec moi,
Comme mon père !
Je l’ai vu ivre mort, j’avais dix ans
Il avait tout fait sous lui
Obligée de le mettre tout nu pour le laver
D’abord, je ne suis même pas certaine d’être sa fille,
Parce que ma mère…

On m’a retiré ma fille
C’est comme si on m’avait amputé d’un bras
Ca me mutile

Depuis je ne dors plus,
Je suis sur le bord de l’hospitalisation,
Je me suis engueulée avec toute ma famille
J’ai dit à ma mère que c’était de sa faute tout ça
« Si tu m’avais élevée autrement on n’en serait pas là »
J’ai la haine pour ce qu’elle m’a fait,
Pour tous les coups que j’ai reçu,
J’ai eu les marques longtemps,
Je ne pourrai jamais oublier.
Les marques dans le dos de ma fille ?
Ce n’est pas pareil …
Je ne lui ai jamais fait de marques comme ça à ma fille !

Rendez la moi !
Je me battrai jusqu’au bout …

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25 février 2006

HP

Voilà : Ma soeur est de nouveau hospitalisée au CHSP ; Ca fait six mois que son psychiatre se défile en prétextant qu'il n'a pas de place dans ses services; elle était comme en novembre en pleine montée de phase maniaque, nous appelant constamment au téléphone, délirant sur ses soit disant succès en matière de séduction, réclamant d'une façon agressive de l'argent qu'elle oubliait avoir dans son sac. Depuis son intoxication au lithium et son changement de traitement c'est de plus en plus difficilement gérable même si nous sommes trois à nous relayer. Il y a deux semaines, j'ai passé mon WE aux urgences. Elle s'était ouvert le crâne et avait besoin de points de suture. en arrivant aux urgence elle a joué la grande scène, en s'affallant devant trois brancardiers. Elle y est resté trois jours, les medecins n'étant pas capables de se mettre d'accord sur les soins qu'elle devait avoir.
Ca fait 25 ans qu'elle n'avait pas été hospitalisée en psy. Mes deux soeurs qui étaient avec elle sont évidemment tres culpabilisées.

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26 février 2006

tiotte

  tiotte1

Elle m'attend régulièrementquand je rentre du travail le soir, réchauffe le coté de mon lit avant que je m'y enfonce , s'efface discrètement avant les protestations de mon mari quand elle a mis le moteur ( à ronrons ) en route.

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27 février 2006

lettre à marie

Tres chère Marie,Je m'étais jurée de te répondre pendant ces quelques jours de repos et me voilà, à la veille de reprendre le travail . Je n'ai toujours rien écrit. le temps me file entre les doigts comme un sable precieux fin et doré, comme on 'en trouve sur les plages qui font réver, du coté de chez toi.

Ta vie est pleine de belles choses et je ne peux m'empécher d'envier tes réussites créatrices. Tu as réalisé une part de tes aspirations d'adolescente.

A part mes enfants,(ce que j'ai réussi de mieux) je n'ai pas créé grand chose . Si je fais le bilan, je ne peux pas dire que j'ai réalisé mes rêves, ni été toujours fidèle à mes idéaux passés.

En veillissant, mon travail me consomme, une énergie considérable; Il y a des jours où j'aspire à la retaite

Cependant, j'aime la rencontre avec les enfants, j'aime les écouter et apprendre d'eux.

Nous sommes amenés aussi de plus en plus, à accueillir leurs parents, ce qui n'est pas toujours facile quand des projets de retour ne peuvent être soutenus et que leur souffrance à être dépossédé de leur "objet"s'exprime abruptement par divers états émotionnels ou de l'agressivité qui nous est adressée.

le travail de séparation est un travail difficile pour tout le monde, j'imagine que tu en sais quelque chose.

T. travaille comme ingénieur informaticien à paris depuis plus d'un an. Depuis qu'il a compris le fonctionnement des laveries, il revient de moins en moins souvent en province. C'est un garçon charmant, gai et adorablement moqueur avec moi, mais aussi, résoluement autonome et tres discrèt sur sa vie.

C. est passée d'une phase où elle me racontait tout, à une phase agressive ( quand elle était encore en chine) puis dépressive à son retour. Elle a sans doute eu besoin de mettre tous ces kms entre nous pour se distancer psychiquement, se dégager d'un lien qui la "liait" trop.

Elle a engagé une démarche de thérapie dont elle semble tres satisfaite : une façon de rejoindre mon expérience ?

Ses intérêts rejoignent ceux de son père : La vie publique et l'art sous toutes ses formes. Après science-po, elle va postuler à un master 2 de management culturel à Lille, Lyon ou à Grenoble;

Je suis toujours mariée avec Dominique, apres une période de turbulence autour de la quarantaine.

Je me sens plus forte avec lui à mes cotés.Notre relation ressemble à une sorte de compagnonnage tranquille, mais il est vrai que je n'ai jamais vécu de passion amoureuse.

Si tu lis notre blog commun : tu dois savoir que mes parents et ma soeur Ginette sont de moins en moins autonomes, vont régulièrement mal, et me prennent quasiment tous mes samedi en assistance, depuis plusieurs années.

Je suis plus à distance que mes soeurs parce que au travail dans la semaine, mais ca devient tout de même tres lourd et bien difficile à assumer.Les frères se defilent... comme souvent.

voilà un peu de ma vie ...

Malgrès cette séparation géographique et temporelle, crois en mon amitié et à toute mon affection.

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enfants

Mes enfants ont rempli mon existence intensément, passionnément.

Ils ne font plus que passer furtivement dans ma vie et je dois constamment lutter contre ma disposition à vouloir savoir des choses d’eux alors que je sais que je dois là aussi m’effacer

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28 février 2006

Ma soeur

ninette1
La faute à « pas le bol », tu es née en quatrième position, coincée entre « le gros blond », comme le surnommait Maman, (nous l’appellerons John) et deux « affreuses » jumelles, mal venues, mal foutues, mal finies.
Tu avais pour toi -ou contre toi -une beauté radieuse et éclatante, elfe blond au regard d’un bleu lumineux, originale et déjà si différente de nous tous, et surtout « une voix d’or ».
Tu es venue répondre sans le savoir au désir le plus fou de Maman, d’être enfin regardée, valorisée, (renarcissisée, comme disent les psy) par une belle enfant, « bel objet » à montrer à sa propre mère.
_ « Regarde comme K. est belle, comme elle te ressemble, comme elle chante bien ! »
Tu as eu pour fonction de réussir là où Maman avait échouée : séduire sa mère, te faire aimer d'elle..
Déjà tout bébé tu donnais de la voix, au point que Papa secouait ton berceau pour te faire taire.
Plus tard, tu as compris que cette voix pouvait ravir, captiver, réjouir. Tu ne t’es pas fait prier pour la faire entendre.
Tu n’étais âgée que de 9 ans ;Maman t’exhibait, te faisait monter sur scène ,te traînait de radio crochet en radio crochet…Tu as obtenu des premiers prix, chanté dans des casinos, enregistré des disques, rencontré des gens connus, importants,l’œil ou l’oreille intéressés mais aussi les mains baladeuses…
Elle était si fière Maman, si heureuse de t’entendre chanter. Elle t’achetait de jolies robes que ma soeur jumelle et moi jalousions secrètement, pour que tu sois « la plus belle ».
_« Vous savez mes sœurs, je n’aimais pas ça…Je voulais rendre maman heureuse. Je ne pouvais lui dire non »
De neuf ans à seize ans, tu as accepté d’occuper cette place d’objet précieux, soumis au désir de Maman, en effaçant ton propre désir.
Ainsi, cette fameuse année 1965, (tandis que ma jumelle se faisait opérer à cœur ouvert, qu'un petit neveu était né dans le "péché"), tu n’as eu d’autre choix, pour te libérer, te risquer à « être », que celui de t’évader dans la folie :
« Une cage s’ouvrait, une autre allait se refermer » avec un verdict impitoyable : Schizophrénie ? Psychose maniaco-dépressive ?

Je n’ai pas compris ce qui t’arrivait quand je t’écoutais la nuit, puisque nous partagions la même chambre ; Tu parlais à haute voix, me décrivais des images que moi je ne voyais pas, des mots que tu entendais que je n’entendais pas. Tu te désespérais au point de vouloir échapper au regard en t’enfermant à double tour ; tu riais ou tu hurlais de terreur, au point de vouloir en mourir.
Ma K., tu t’es éloignée de nous, échappée dans un monde qu’on ne pouvait plus partager.
K., tu me faisais peur, mais je t’aimais ; K.je t’aime ;

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