Discrètement comme il se doit, je suis venue lire mes auteurs favoris, sans mettre de commentaires. Le plus souvent, je ne sais pas quoi écrire.

A quoi bon de me forcer ?

Ici ou là, certaines pages m’ont données le désir de reprendre le crayon, sans aller au bout du geste.

J’ai découvert le blog de Chondre ; sa page du 02 mars m’a donné le goût de reprendre mon témoignage.


Je suis allée visiter mes parents installés depuis plus d’un mois dans une résidence temporaire. Ils revivent, ne se sont jamais aussi bien portés depuis plusieurs mois. Je finis par croire qu’ils vont  finir centenaires.

Mon père déchargé de tous soucis, sourit, blague et fait même du charme aux soignantes.

Ma mère profite des activités proposées et prend un immense plaisir à chanter son répertoire et à se faire applaudir.

 

Pourtant, j’ai été brutalement replongée trente ou quarante ans en arrière.

Mon frère aîné était là et j’ai tout de suite vu que mon père faisait une sale tête alors qu’il est son enfant préféré, celui à qui, il ne peut rien refuser.

Comme d’habitude, mon frère avait le verbe haut et m’a d’emblée apostrophée et questionnée sur l’avenir des parents, en me signalant que ma mère insistait pour retourner chez elle.

« C’est vrai que leur jardin n’a jamais été aussi beau »a indiqué mon frère.

Ma mère a effectivement confirmé qu’elle voulait revoir son jardin et ses animaux, qu’elle ne voulait pas rester pour « toute la vie » à la résidence.

Furieuse, j’ai fait remarquer à mon frère qu’il induisait lui-même ce désir de retour, en leur donnant la nostalgie de ce à quoi, ils avaient du renoncer.

J’ai clairement affirmé mon souhait qu’ils soient pris en charge ailleurs qu’à leur domicile.

 Leur adaptation à cette structure et leur bien être actuel nous montrent d’évidence que c’est désormais le meilleur moyen pour eux de vivre en sécurité et paisiblement.

Mon frère a monté le ton.

-« A quoi ça sert que J. travaille comme un chef dans le jardin, s’ils ne retournent pas chez eux. J. veut d’ailleurs aussi que je l’aide à refaire la chambre ».

« Evidemment, s’ils sont maintenant  incontinents, qu’ils pissent et chient, qu’ils faut les laver et les changer trois fois par jour » …

Il cherchait ironiquement à m’agresser sans voir qu’il agressait aussi mes parents en utilisant des arguments méprisables et avilissants.

Quel con !

J’ai dénié l’incontinence, mais parlé d’un problème de fuites anales, que ma mère a contesté. (Elle planque ses culottes salies dans des endroits les plus invraisemblables et oublie aussi vite qu’elle les a cachées).

Ma mère s’est ensuite rebiffée et a déclaré qu’elle savait ce qui lui restait à faire.

je ne vais pas vous EMBETER LONGTEMPS :

 

 « Elle a dit qu’elle irait se jeter sous un train »me glisse A. d’un air contrit.

 Dieu ! J’ai entendu ça depuis cinquante ans ! 

-« Ma pauvre mère tu n’irais pas loin »

-« Oh ! Je marche encore bien ! »

Je l’ai invité à me montrer ses capacités motrices.

Au bout de quelques mètres, elle n’en pouvait plus et voulait retourner dans sa petite maison( la résidence)

Le lendemain, elle chantait pour toutes les résidentes et avait oublié son éclat de la veille.

Aujourd’hui, ma sœur jumelle m’informe que mon frère aîné est fermement décidé à s’installer chez eux et à s’occuper d’eux.

Je ne lui fais aucune confiance et sais qu’il y trouve son intérêt au regard de  l’argent qu’il leur a emprunté.

Notre soi-disant solidarité fraternelle est en train de voler en éclats.

 

Partir loin d’eux …